J’aimerais souffrir d’une douleur qui porte un nom, être martyr d’une vie qui m’appartient…
Je souhaiterai rire aux éclats et me désaltérer au creux de tes yeux.
Ecoute. « Je suis l’ombre d’une ombre qui s’enlise* »
Je vis enfermé à l’abri des lumières, je vis reclus à l’écart de l’éther,
Et même si, par quelque traversière, un rayon éclairait mon visage,
Mon âme, impavide, n’aura vu qu’un phénomène, une physique sans musique.
Ecoute. Ecoute…Je suis celui qu’on ne regarde pas car je ne les regarde plus ;
Celui qui est sans plaies mais porte des bandages qui puent ;
Celui que le monde, frappé d’amnésie, oublie,
Comme les mots qui blessent après la caresse, gravés dans ma main,
Sifflant à mes oreilles les mots de ce refrain.
Et je coule mon corps le long des routes.
Judas en fuite, Sisyphe en déroute.
Ecoute. Suis-je encore là?
J’arrive de nulle part et vais je ne sais où…
A présent je pense à peine,
Je ne vis que par à-coups.
Je n’ai plus besoin qu’on me réfrène.
C’est un fou qui tient les rênes.
Ecoute-le. Il est l’ombre de mon ombre.
Le temps passe, s’immobilise, repasse ou s’enlise.
Il n’a plus de sens qu’à lui-même.
Un peu comme moi en somme.
Le temps passe, s’immobilise, repasse ou s’enlise.
Ecoute. Il n y a plus de tic-tac, ce n‘est que l‘ombre du temps.
Les ombres sont des rêves,
Venus des profondeurs,
Sombres décombres
De nos plus antiques peurs.
Ames en cave.
Ecoute. Tu te trouves là où tous se retrouvent.
Sous la glaise,
Derrière le miroir,
Derrière le masque,
Il faut presque être mort,
Presque être de braise,
Pour entendre. L’ombre de mon ombre qui s’enlise.
Arléone & Gab
* H. Michaux, in Plume